Nous voulons encore parler de la fin. La fin du livre, la fin du monde. Pouvons-nous nous en sortir, parce qu’il n’y a pas de destin ? L’espoir est-il encore permis ?
Sa voix descend d’un cran. « J’ai écrit mon livre en 2019. Et tout ce que je montre reste toujours possible. Mais on est de plus en plus proches de la catastrophe. »
Le bon référent pour mesurer la gravité, dit-il, c’est Johan Rockström, le climatologue suédois qui dirige l’Institut de Potsdam pour la recherche sur les conséquences du climat — l’un des plus prestigieux centres scientifiques au monde sur ces questions. « La diplomate Christiana Figueres l’appelle Johan Rockstar », ajoute-t-il en souriant. « Une sorte de scientifique en chef de la planète. » Lors d’un dîner récent, il lui a expliqué la situation.
« On ne va pas devenir Vénus — sur Vénus, l’atmosphère s’est évaporée et la surface est à 460°C. Ce n’est pas ce qui nous attend. C’est physiquement impossible compte tenu de notre distance au Soleil. Ce n’est pas l’espace, c’est le temps. On s’approche du Pliocène. Une planète sans glace. Il y a eu des périodes, il y a environ trois millions d’années, où il n’y avait pas de glace sur cette planète. Le niveau des mers était 70 mètres plus haut. »
Il s’arrête.
« Si nous enclenchons cette série de boucles de rétroaction qui s’accélèrent — la fonte du permafrost qui libère du méthane, ce qui réchauffe encore, ce qui fait fondre plus de glace, et qui réchauffe encore —, il arrivera un moment où, même si toute l’humanité disait ‘D’accord, on a compris, on va arrêter’, nous n’aurons plus la capacité physique de l’arrêter. »
« Ce n’est pas facultatif, ce n’est pas un jeu. C’est le destin de la biosphère et de l’humanité. L’humanité ne disparaîtra pas. Mais la civilisation s’effondrera. Des milliards de gens pourraient mourir. On entrerait dans une guerre de tous contre tous. » Il regarde la table. « Et c’est suffisamment grave pour qu’on en parle en ces termes. »