Twitter est une formidable caisse de résonance pour les mouvements qui font déjà le plus de bruit, et un étouffoir pour les autres.
Le risque est grand que n’en émerge au bout du compte que le superficiel, le futile, le léger, l’éphémère, bien plus que de la véritable intelligence collective. Ce n’est finalement pas un très bon système pour découvrir de l’inattendu, du non-conformiste, pour promouvoir ce qui est important et intelligent, plutôt que le reste...
C’est aussi un système réellement épidermique, propice à l’emballement, et qui s’emballe avec une telle force d’inertie quand une « avalanche » est lancée qu’il semble difficile de la contrecarrer quand ce serait pourtant utile de le faire : quand un buzz relaye une information fausse, voire une manipulation ou une calomnie.
Ce n’est pas un système non plus qui favorise la contextualisation de l’information, sa mise en perspective, par un recul, une analyse, une documentation, et il va trop vite pour permettre réellement la vérification.
Plus que jamais, le journalisme de liens
Ces effets boule de neige, que Twitter facilite et même amplifie, pourraient bien au bout du compte présenter les mêmes défauts que l’on reproche aujourd’hui aux médias de masse.
Autant l’avouer, même si c’est bien délibérément la direction que je prends de m’y plonger à mon tour : je ne suis pas tout à fait à l’aise avec ce nouveau modèle de diffusion de l’information que je vois se dessiner sur le web.
Il y a beaucoup de liens dans tout ça, mais pas beaucoup de journalisme. Je ne cherche certainement pas en disant ça à défendre une corporation, car je n’ai aucune affinité avec ce corporatisme. Mais il y a dans le journalisme une idée qu’il me semble tout de même importante à défendre : une idée de qualité, d’indépendance, de transparence, une idée de service rendu au public (ce qui implique bien sûr de lui rendre aussi des comptes).
Bref, ça manque de filtre, de profondeur, de contexte et de vérification...
Ça manque aussi de recul, voire de distance, de sang-froid, de mémoire, de patience...
C’est tout cela qu’il serait souhaitable de « réintroduire » dans cette nouvelle machine en formation, pour qu’elle ne s’emballe pas tous les jours, ne nous envoie pas dans le mur toutes les semaines et au fond du ravin une fois par mois.
Des épisodes d’emballement excessifs, comme on en connait actuellement, selon moi, sur des affaires Polanski ou Mitterrand, ne sont pas des signes encourageants. Une machine de diffusion de l’information aussi formidable que ce « web de flux », illustré aujourd’hui par Twitter, jusqu’à ce qu’un service plus perfectionné ne le remplace, peut produire le meilleur comme le pire. Une telle machine relaye et amplifie l’air du temps. Si celui-ci est au populisme (que ce soit d’ailleurs un populisme de droite ou un populisme de gauche), elle ne fera que potentialiser... le populisme.
Il me parait utile de chercher des remèdes, et « mettre du journalisme là-dedans » pourrait en être un, du journalisme tel que je l’entends, comme je l’ai dit plus haut, pas du markéting et de la course à l’audience, pas cette fusion indigeste dans laquelle versent aujourd’hui à peu près tous les médias de masse d’une information superficielle, de communication, de divertissement, enrobés dans le simplisme à outrance et la mise en scène voyeuse et inquisitrice. Mais je crois que vous aviez compris de quoi je voulais parler. ![]()
Bon et bien, c’est à « mettre du journalisme là-dedans » que j’essaye de travailler aujourd’hui... en n’oubliant pas de passer par ici de temps en temps, pour me replonger aussi un peu dans... le « web de fond »...

