Les aubes écarlates est l’élément central de la Suite africaine de Léonora Miano, trilogie qui comprend les romans L’intérieur de la nuit et Contours du jour qui vient. Ce texte est central par sa position au sein de l’ensemble – dont il est le deuxième écrit –, mais aussi par son propos. Quand la traite négrière est simplement évoquée dans les textes précédents, qui tracent un parallèle entre les formes actuelles du trafic humain en Afrique subsaharienne et les razzias opérées dans le cadre du commerce triangulaire1, ou qui rappellent le mépris de certains Africains pour les populations issues de l’esclavage colonial2, Les aubes écarlates est imprégné de la dimension fondatrice de cette tragédie pour l’Afrique subsaharienne.
Sans chercher à pointer les responsabilités, connues, souvent évoquées, le roman met en exergue l’oubli, sur leur sol natal, de tous ceux qui ont péri durant la traversée. Ces trépassés qui ne devinrent jamais des Caribéens ou des Afro-américains devraient résider, en premier lieu, dans la mémoire subsaharienne. Or, ce n’est pas le cas. Leur histoire n’est pas enseignée. La mesure n’est pas prise de tout ce qui a sombré avec eux. Indifférenciés sous la couleur, unis dans la douleur, dans la mort et dans l’oubli, ces individus issus de cultures diverses forment le premier ensemble panafricain qui ait existé
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