Cet article a été
publié pour la première fois dans le cadre d'un débat sur les migrations en
Europe qui se tient sur le site internet www.openDemocracy.net
Pour réduire l'immigration, il faut une politique d'aide au développement
généreuse et volontariste. openDemocracy (extraits), Londres Le terrorisme
international, et en particulier les attentats du 11 septembre 2001, a fait
comprendre aux Etats-Unis qu'il était dans leur intérêt de recoloniser les
mal-gouvernés en Afghanistan et au Moyen- Orient. La méthode européenne
sera forcément différente. Pour un continent qui possède une histoire de la
décolonisation sanglante et qui est habitué aux attentats perpétrés sur
son sol, la "guerre contre le terrorisme" n'implique pas de confier
l'administration de tous les Etats clients instables à une brigade
d'énarques. Mais penser que ces deux visions irréductiblement différentes
ne pourront jamais se rencontrer, c'est oublier que l'Europe nourrit une autre
peur, celle de l'immigration. La peur européenne de l'immigration se
conjuguera à la peur américaine du terrorisme pour donner naissance à une
politique d'aide au développement libérale et interventionniste qui
améliorera suffisamment les conditions de vie des mal-gouvernés pour
maintenir l'immigration à un niveau acceptable. Cela nécessite de rendre non
pas le Nord moins attractif, mais le Sud plus attractif. L'élargissement de
l'Union européenne (UE) au Sud et maintenant à l'Est est un exemple
d'application réussie de cette politique. La libre circulation des
travailleurs s'accompagne d'importants transferts de fonds et de la mise en
place d'une bureaucratie assez compétente pour les administrer. Les
perspectives des nouveaux Etats membres sont suffisamment bonnes pour que les
gens aient envie de faire leur vie dans leur pays. La seule façon pour
l'Europe de libéraliser sa politique d'immigration sans créer une violente
réaction de rejet, c'est d'oeuvrer très sérieusement à l'amélioration des
perspectives des populations défavorisées. Le gaspillage et la corruption
qui accompagnent aujourd'hui l'aide au développement sont de notoriété
publique. Ces aides à l'ancienne n'ont aucun impact sur les flux migratoires
parce qu'elles profitent surtout aux élites, qui ne sont pas les plus
susceptibles d'émigrer (ou qui ont moins de problèmes à le faire). La
nouvelle diplomatie interventionniste des Etats-Unis permettra de mettre en
oeuvre une politique d'aide ciblée et constructive susceptible de réduire
les flux migratoires. On peut imaginer la séquence comme suit : les
mal-gouvernés représentent une menace, les Etats-Unis interviennent et l'UE
fournit les fonds et se charge de bâtir une administration. Chacun trouve son
intérêt dans cette division du travail : une meilleure gouvernance, un
sentiment de sécurité territoriale et une politique efficace de réduction
de l'immigration. De la peur qu'avait la droite du communisme est né l'Etat-providence
au XXe siècle, de la peur de l'invasion qu'a cette même droite naîtra le
monde-providence du XXIe siècle. Ce n'est qu'une fois que le monde-providence
les aura rendues superflues qu'il faudra envisager les propositions du rapport
"People Flow". Tony Curzon Price* * Economiste britannique qui
enseigne à l'University College de Londres.