On l'appelle aux États-Unis la « doctrine unitariste » – d'autres disent « théorie » unitariste. Au premier abord, le terme semble abscons. Pourtant, l'idée est si simple qu'on en reste confondu. Si la démocratie américaine, selon la formule, est fondée sur les checks and balances – le contrôle et l'équilibre –, le second des deux termes se réfère, en premier lieu, à l'équilibre des trois pouvoirs qui fondent une démocratie : l'exécutif, le législatif et le judiciaire. La théorie « unitariste » américaine considère que c'est cet équilibre-là qui est déséquilibré, au détriment de l'exécutif. Et donc qu'il est injuste : car l'exécutif, tout au contraire, devrait être dominant, comparativement aux deux autres. En 1988, un célèbre juge, Antonin Scalia, représentant l'aile la plus conservatrice de la Cour suprême américaine, est le premier à prôner une lecture de l'article II de la Constitution dans un sens qui mène à la primauté de l'exécutif sur les deux autres pouvoirs. Selon lui, cet article offre au président américain non pas « quelques-uns des attributs du pouvoir exécutif, mais sa plénitude ». En d'autres termes, un président, in fine, est en droit de décider de tout. La doctrine unitariste, c'est-à-dire les trois pouvoirs en un seul, est née.
AGONE / Quant aux démocrates, le journaliste américain fait commencer avec la présidence de Bill Clinton leur préférence pour les classes "très éduquées" au détriment des classes populaires. Une préférence qu'on retrouve dans les accords de commerce qui ont provoqué la destruction de l'industrie manufacturière aux États-Unis, et dans libertés accordées à Wall Street, qui ont débouché sur la crise financière de 2008. Avec des conséquences dramatiques sur les classes travailleuses que n'a pas corrigées Barack Obama, puisqu'il a plutôt choisi de sauver les banques.
“Il ne faut pas s’étonner qu’un parti démocratique qui a abandonné la classe ouvrière s’aperçoive que la classe ouvrière l’a abandonné”, ne s’étonnait pas Bernie Sanders, figure de la gauche américaine marginalisé dans son parti, devenu celui des classes supérieures diplômées. Un basculement que Thomas Frank décrit dans son livre sous la formule paradoxale : Pourquoi les riches votent à gauche.
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