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30 Oct 11
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La semaine dernière [1], The Morning Call, un quotidien de Pennsylvanie, a publié une enquête longue et détaillée, intitulée « Inside Amazon’s Warehouse », sur les terribles conditions de travail dans les entrepôts Amazon de la Lehigh Valley. Le reportage, résultat de mois d’interviews et de vérifications, est en train de faire le tour du monde et il a été repris par le New York times et d’autres médias mainstream. Le tableau est sombre : extrême précarité du travail, climat de chantage permanent et absence de droits, rythmes inhumains, avec vitesse redoublée d’un jour à l’autre (de 250 à 500 colis par jour, sans préavis), par une température qui dépasse les 40° et en une occasion au moins, a atteint les 45°, mesures disciplinaires aux dépens de ceux qui ralentissent le rythme ou, simplement, s’évanouissent (un rapport du 2 juin dernier évoque le chiffre de 15 travailleurs évanouis sous l’effet de la chaleur), licenciements « exemplaires » instantanés, le réprouvé étant raccompagné à la porte sous les yeux de ses collègues.
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L’année dernière, une vague de suicides parmi les ouvriers de Foxconn a fait scandale – avant d’être enterrée sous des tonnes de sable et de silence. Dans les usines de cette multinationale chinoise sont assemblés iPad, iPhone et iPod [4]. En réalité, les morts avaient commencé avant, en 2007, et ont continué par la suite (le dernier suicide certain remonte à mai dernier ; un autre ouvrier est mort en juillet dans des circonstances suspectes). Au total, une vingtaine d’employés se sont tués. Des enquêtes de diverses origines ont indiqué parmi les probables causes les rythmes de travail infernaux, le manque de relations humaines à l’intérieur de l’usine et les pressions psychologiques émanant du management. Quelquefois, c’est même allé bien plus loin que des pressions psychologiques : le 26 juillet 2009, un salarié de 25 ans dénommé Sun Danyong, s’est jeté dans le vide après avoir subi un passage à tabac par une équipe de nervis de l’entreprise. Sun était soupçonné d’avoir volé ou perdu un prototype d’iPhone. Quelles solutions a adopté Foxconn pour prévenir de telles tragédies ? Eh bien, l’usine a notamment installé des « filets anti-suicide » [5].
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Le Karl Marx des pages sur le fétichisme de la marchandise [6] s’avère alors précieux : « Ce qui revêt ici pour eux la forme fantastique d’un rapport des choses entre elles est seulement un rapport social déterminé des hommes entre eux. »
« Forme fantastique d’un rapport des choses entre elles ». Comme les ordinateurs interconnectés au niveau mondial. Derrière la fantasmagorie de la Toile, il y a un rapport social déterminé, et Marx entend : un rapport de production, un rapport d’exploitation.
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26 Oct 11
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Dans le capitalisme, mettre la plus grande distance possible entre l’ « amont » et « l’aval » est l’opération idéologique par excellence.
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Dans le capitalisme, mettre la plus grande distance possible entre l’ « amont » et « l’aval
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Quand on parle de la Toile, la « machine mythologique » de nos discours – alimentée par l’idéologie que, de gré ou de force, nous respirons chaque jour – re-propose un mythe, une narration toxique : la technologie comme force autonome, sujet doué de son propre esprit, réalité qui évolue d’elle-même, spontanément et théologiquement. Au point que certains – on ne le rappellera jamais assez – ont eu la belle idée de poser la candidature d’Internet (qui, comme tous les réseaux et les infrastructures sert à tout, donc aussi à faire la guerre) au… Prix Nobel de la Paix.
Ce sont les rapports de classe, de propriété, de production qui sont occultés : on n’en voit que le fétiche. Le Karl Marx des pages sur le fétichisme de la marchandise [6] s’avère alors précieux : « Ce qui revêt ici pour eux la forme fantastique d’un rapport des choses entre elles est seulement un rapport social déterminé des hommes entre eux. »« Forme fantastique d’un rapport des choses entre elles ». Comme les ordinateurs interconnectés au niveau mondial. Derrière la fantasmagorie de la Toile, il y a un rapport social déterminé, et Marx entend : un rapport de production, un rapport d’exploitation.
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Sur de tels rapports, la rhétorique du Réseau jette un voile. On peut parler pendant des heures, des jours, des mois, de la Toile en n’effleurant qu’à l’occasion la question de qui en est propriétaire, de qui détient le contrôle réel des nœuds, des infrastructures, du hardware. On pense encore moins à la pyramide de travail – y compris para-esclavagiste – qui est incorporée dans les dispositifs que nous utilisons (ordinateur, Smartphone, Kindle) et des conséquences pour la Toile elle-même
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Par la faute du net-fétichisme, on met chaque jour l’accent sur les pratiques libératrices qui agitent la Toile – pratiques sur lesquelles, pour être clairs, nous autres Wu Ming parions chaque jour depuis vingt ans – en les décrivant comme la règle et on classe comme exceptions, implicitement, les pratiques assujettissantes : le Réseau utilisé pour sous-payer le travail intellectuel ; pour contrôler et emprisonner les personnes (voir ce qui s’est passé après les émeutes londoniennes) ; pour imposer de nouvelles idoles et fétiches alimentant de nouveaux conformismes ; pour véhiculer l’idéologie dominante ; pour les échanges du capitalisme financier en train de nous détruire. En ligne, les pratiques assujettissantes sont la règle autant que les autres. Et même, si on veut vraiment être précis, il faudrait les considérer comme la règle plus que les autres, si nous tenons compte de la généalogie d’Internet, qui a évolué à partir d’ARPAnet, réseau informatique militaire.
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la Toile est la forme que prend aujourd’hui le capitalism
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Le capitalisme s’affirma en libérant les subjectivités (des liens féodaux, des anciennes servitudes) et en imposant en même temps de nouveaux assujettissements (au temps discipliné de l’usine, à la production de plus-value)
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Dans le capitalisme, tout fonctionne ainsi : la consommation émancipe et esclavagise, engendre une libération qui est un nouvel assujettissement, et le cycle repart à un niveau plus élevé.
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le mode de production antique n’avait pas besoin de machines, parce que toute la force de travail nécessaire était fournie par les esclaves, et personne ne put ou ne voulut imaginer une application concrète.
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quand nous parlons de technologie, et plus précisément d’Internet, en réalité, nous parlons d’autre chose, c’est-à-dire de rapports sociaux.
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qui sont les maîtres d’Internet ? Et qui sont les exploités de la Toile et par la Toile ?
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quand nous jetons aux ordures un mobile qui fonctionne parfaitement parce que le nouveau modèle « fait plus de choses », nous jetons une portion de vie et de labeur d’une grande masse de travailleurs, souvent payés avec trois sous et – dans la meilleure des hypothèses – un coup de pied au cul.
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l’idéologie dominante permet encore moins de reconnaître le travail de l’individu singulier. Cette production est attribuée (de manière trompeuse, mythologique) directement au capital, à l’ « esprit d’entreprise » du présumé génie du capitaliste, etc.
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la production de contenus en réseau progresse aussi grâce au travail très subordonné de masses de « nègres » - dans le sens d’auteurs-fantômes.
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Tu es l’un des sept cents millions d’usagers de Facebook ? Bien, cela veut dire que presque chaque jour, tu produis des contenus pour le réseau : contenus de tout genre, en particulier des contenus affectifs et relationnels. Tu fais partie du general intellect de Facebook. En somme, Facebook existe et fonctionne grâce à des gens comme toi. De quoi Facebook est-il le nom, sinon de cette intelligence collective qui n’est pas le produit de Zuckerberg et compagnie, mais des usagers ?
Sur Facebook, tu fais du travail. Tu ne t’en rends pas compte, mais tu travailles. Tu travailles sans être payé. Ce sont d’autres qui se font de l’argent avec ton travail. -
Ici, le concept marxien qui s’avère utile est celui de « surtravail ». Ce n’est pas un concept abscons : il signifie « la partie du travail qui, tout en produisant de la valeur, ne se traduit pas en salaire mais en profit pour le patron, en tant que propriétaire des moyens de production ». Quand il y a du profit, cela veut dire qu’il y a du surtravail. Autrement, si toute la quantité de travail était rémunérée sur la base de la valeur qu’elle a créée, eh bien… ce serait le communisme, la société sans classes.
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Sur Facebook, ton travail est tout entier surtravail, parce qu’il n’est pas payé. Zuckerberg chaque jour vend ton surtravail, c’est à dire qu’il vend ta vie (les données sensibles, les caractéristiques de ta navigation, etc.) et tes relations, et gagne quotidiennement pas mal de millions de dollars grâce à elles. Parce que lui est propriétaire du moyen de production, toi non.
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L’information est marchandise. La connaissance est marchandise. Et même, dans le postfordisme, ou quel que soit le nom que nous voulons donner au présent stade du capitalisme, c’est la marchandise des marchandises.
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nous devons, à chaque moment, tenir en considération aussi bien les efforts pénibles à la base de la production de matériel informatique, que la privatisation prédatrice de l’intelligence collective qui a lieu en lien.
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Voilà trop longtemps que dure l’hégémonie d’un dispositif qui « individualise » la révolte et la lutte, en mettant l’accent avant tout sur ce que peut faire le consommateur (ce sujet continuellement reproduit par des technologies sociales précises) : boycott, critiques, choix personnels plus radicaux
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Il s’agit de comprendre combien de temps de vie (combien de temps et combien de vies) le capital est en train de voler, et surtout comment il le fait en cachette
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Déjà, se rendre compte que notre rapport avec les choses n’est ni neutre ni innocent, y débusquer l’idéologie, découvrir le fétichisme de la marchandise, est une conquête : nous serons peut-être cocus de toute façon, mais au moins pas cocus et contents.
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Le mal demeure, mais pas l’escroquerie de se sentir libres dans un cadre où nous sommes exploités.
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15 Oct 11
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08 Oct 11
leLaissezFaireFétichisme de la marchandise http://t.co/TuiKKsdp
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07 Oct 11
marin dacosFétichisme de la marchandise digitale et exploitation cachée : les cas Amazon et Apple http://t.co/UtPYRhj7
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06 Oct 11
hubert guillaudOn a tendance à oublier que les géants de l'internet sont avant tout des entreprises industrielles comme les autres. En découvrant les conditions de travail dans les entrepôts d'Amazon ou dans les usines chinoises d'Apple, beaucoup semblent surpris que les multinationales de l'internet soient avant tout des multinationales. L'internet occulte les rapports de classe, de propriété et de production. La toile libère et assujettie à la fois, comme la consommation émancipe et esclavagise. Article 11 propose une analyse marxiste du travail qui produit les outils informatique d'aujourd'hui et explique que la marchandise digitale que nous incorporons à nos pratiques incorpore de l'exploitation. http://www.slaveryfootprint.org
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