This link has been bookmarked by 2 people . It was first bookmarked on 15 Jan 2009, by Olivier Le Deuff.
-
06 Mar 16
-
l’importance, qui paraît considérable, de la confiance dans les « démocraties de marché »
-
L’importance accordée par une recherche de plus en plus volumineuse à la notion de confiance est d’ailleurs inversement proportionnelle à la précision, en moyenne, des conceptions théoriques et des instruments empiriques mobilisés.
-
un niveau élevé de « défiance mutuelle » et « d’incivisme »
-
il faudrait la rechercher dans « le mélange de corporatisme et d’étatisme du modèle social français »
-
Au total, le modèle social français serait pris dans un cercle vicieux et menacé d’autodestruction, la défiance induisant une peur de la concurrence, favorisant la corruption et entretenant des rentes qui empêcheraient les réformes sociales utiles à la population de voir le jour.
-
la confiance étant mesurée principalement par les taux de réponses positives [5] à la question de confiance généralisée dans la World Values Survey (WVS)
-
Cette réalité indéniable est cependant décrite de manière incomplète : certes, la France se situe à un niveau moyen faible de confiance généralisée, mais elle se trouve en réalité proche, en 2000, année retenue par les auteurs, de la moyenne mondiale, dont elle n’est séparée que par un écart de 25 % (28,4 % en moyenne pour les soixante-dix pays de la quatrième vague de la WVS, contre 21,4 % pour la France).
-
la première visant à prévenir le lecteur de la fragilité théorique du concept de confiance généralisée
-
la seconde, le mettant en garde quant à des interprétations trop généreuses de résultats lourdement dépendants de la subjectivité, variable dans l’espace et le temps, d’individus dont on ne recueille que l’opinion au sujet d’une question dont la précision et la signification mêmes sont contestables et contestées.
-
« En règle générale, pensez-vous qu’il est possible de faire confiance aux autres ou que l’on est jamais assez méfiant ? »
-
La question posée par la WVS [6] est en anglais la suivante : « Generally speaking, would you say that most people can be trusted, or that you can’t be too careful dealing with people ? »
-
« D’une manière générale, diriez-vous que l’on peut faire confiance à la plupart des gens ou que l’on n’est jamais trop prudent dans ses rapports avec autrui ? »
-
Or cette méprise, entre « prudent » et « méfiant », imprègne toute l’étude.
-
Mais il semble qu’il est question là de plus que d’une simple erreur de traduction : il s’agit d’une erreur conceptuelle.
-
le contraire de la confiance n’est pas la défiance ou la méfiance : c’est l’absence de confiance.
-
La France serait ainsi, éventuellement, à la lumière des réponses des Français, une « société de prudence », mais pas une « société de défiance », ce qui est sensiblement différent.
-
En outre, et toujours sur le thème du cadre analytique et de la rigueur conceptuelle, la confiance généralisée ne se confond pas avec la confiance dans les institutions.
-
La confiance généralisée est donc convoquée pour représenter tous les autres types de confiance, et notamment la confiance dans les institutions, alors même qu’elle s’en distingue théoriquement et empiriquement.
-
La relation posée entre confiance (généralisée) et civisme paraît claire aux yeux d’Algan et Cahuc
-
Dans la littérature qui porte sur la confiance généralisée, l’explication civique est la plus ancienne et la plus proche des travaux de Putnam (1993)
-
en matière de confiance généralisée et de civisme indique que le civisme, en tout cas dans l’esprit des répondants, joue un rôle insignifiant par rapport à leur niveau de confiance
-
Il se peut que les Français soient moins civiques que d’autres, et les auteurs en rapportent des indices anecdotiques, mais, compte tenu des données présentées et en l’état actuel de la littérature, rien ne permet de dire qu’ils seront de ce fait moins confiants.
-
Venons-en à présent à ce qui constitue sans doute l’innovation la plus grande de l’étude : l’analyse historique de la confiance française au long du XXe siècle.
-
Mais c’est surtout l’instauration d’un modèle social corporatiste et étatiste qui a sapé la confiance : en instaurant des inégalités statutaires, l’État français a œuvré à l’effritement de la solidarité et de la confiance mutuelle ».
-
la thèse d’Algan et Cahuc s’oppose à la mémoire de la Libération comme « moment de reconstruction de la société » en le dépeignant au contraire comme d’un « épisode de destruction des relations sociales supposées “harmonieuses” de l’entre-deux-guerres ».
-
Ne faut-il pas plutôt abonder dans le sens de Delalande lorsqu’il écrit que « par le caractère consensuel qu’elles ont revêtu, les réformes de la Libération (nationalisations, Sécurité sociale, comités d’entreprises, etc.) ont permis à la France de “refaire société” ? »
-
Précisons donc bien d’emblée qu’au-delà des années 1980, on ne dispose d’aucune donnée d’enquête sur la confiance généralisée des Français, pas plus que sur la confiance généralisée des Américains au-delà des années 1950.
-
tend à démontrer qu’il existe bien une transmission intergénérationnelle des attitudes sociales et que les émigrés ont transplanté aux États-Unis une partie des attitudes en cours dans leur pays d’origine ». Ce constat a déjà été établi par d’autres études de manière plus rigoureuse.
-
ils reposent sur une comparaison entre des réponses données par des Américains à la fin des années 1970 à une question de confiance généralisée à d’autres réponses données par des Français dans les années 1980 à une question différente de confiance généralisée, le tout étant censé nous renseigner sur le niveau de confiance entre Français dans les années 1930.
-
Après avoir conclu à l’évolution historique de la confiance mutuelle en France au XXe siècle, les auteurs s’interrogent : « À quand remonte précisément ce renversement des attitudes ? »
-
Ceci ne signifie pas pour autant que l’idée de transmission intergénérationnelle du capital social, et plus précisément de la confiance, et plus précisément encore de la confiance généralisée, n’ait pas de fondement, pour peu que l’on adhère à l’approche culturelle de la théorie de la confiance généralisée.
-
L’idée centrale de cette approche est que la confiance généralisée est une valeur stable dans le temps, qui varie peu.
-
Uslaner soutient, dans la lignée de Putnam, que lorsque des « immigrants d’un pays où la confiance est forte arrivent dans leur nouveau pays, ils transportent avec eux leurs traditions culturelles et notamment leur rapport à la confiance plutôt que de s’adapter simplement aux nouvelles réalités de l’environnement qu’ils ont choisi »
-
Ce que Uslaner compare, et ce qui paraît en effet à première vue comparable, est l’influence de l’origine ethnique et celle du milieu social dans lequel les immigrants sont plongés à leur arrivée.
-
pourquoi, si la confiance entre Français est foncièrement stable, aurait-elle brusquement chuté pour ensuite se stabiliser à nouveau pendant cinq décennies à un niveau faible ?
-
Deux approches de la confiance généralisée sont ici mélangées
-
l’approche culturelle (la transmission de la confiance se fait par la famille et les institutions ne jouent qu’un rôle limité, voire inexistant)
-
l’approche institutionnelle (la puissance publique au sens large a les moyens de faire varier le niveau de confiance généralisée dans la société, soit en l’augmentant, soit en la diminuant).
-
Sauf à considérer que le fonctionnement de l’État et du modèle social engendre l’incivisme des Français (ce que ne permet pas de déterminer les données présentées dans l’étude), il semble qu’il s’agisse d’une nouvelle contradiction interne.
-
La partie de l’ouvrage qui porte sur la difficulté des relations sociales françaises est sans doute la plus convaincante, mais on est tenté de la relier à des travaux existants, comme ceux de Thomas Philippon.
-
Mais un point au moins dans l’argumentation mérite discussion : celui de la nécessaire évolution du modèle social français vers le « modèle nordique », qui ici, comme dans nombre d’études, est affirmée.
-
Ainsi, l’idée que « l’efficacité du marché repose largement sur la confiance mutuelle » procède de la conception limitée ou particulière de la confiance, mais les auteurs tentent de la soutenir à l’aide de données sur la confiance généralisée.
-
Le thème de l’étude d’Algan et Cahuc est sans aucun doute intéressant, mais l’application qu’ils font de méthodes empiriques partielles à des données incertaines dans un cadre théorique indéterminé pour en tirer des conclusions radicales amoindrit considérablement sa portée scientifique.
-
-
15 Jan 09
Would you like to comment?
Join Diigo for a free account, or sign in if you are already a member.