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25 May 08
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Au lieu d'une écologie-politique collective et réaliste, on nous vend plutôt habituellement une écologie individualiste et moralisante
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construire un autre plus adapté à notre temps, combinant une inévitable relocalisation de l'économie avec toutes les institutions du travail autonome et du développement humain
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on peut caractériser notre moment historique comme celui du passage d'une hégémonie presque totale du néolibéralisme, depuis plus de 30 ans, à celle toute opposée d'une écologie régulatrice
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l'écologie-politique porte en elle l'exigence paradoxale de la prévision et de l'action publique malgré ce manque d'informations et l'incertitude du monde, passage de l'histoire subie à l'histoire conçue
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La première difficulté, c'est effectivement de faire le bon diagnostic
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Devant les incertitudes, la nécessité d'agir peut toujours être mise en doute par certains
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Malgré cela, considérée il y a peu encore comme une préoccupation de rêveurs, il n'y a pas de doute que l'écologie s'impose désormais comme prioritaire au niveau planétaire et transforme profondément nos conceptions politiques
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l'écologie s'impose du fait de la globalisation elle-même et du caractère global des problèmes qu'elle provoque
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C'est notre destin planétaire commun qui nous rassemble mais c'est aussi la conséquence de l'ère de l'information qui nous relie et nous fait connaître l'étendue des dégâts
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L'écologie politique
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l'accès (difficile) à un nouveau stade cognitif, celui d'une conscience planétaire et de la responsabilité de nos actes envers les générations futures
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C'est encore un effet paradoxal de la globalisation des réseaux et des marchés qu'une pensée globale exige un agir local et une relocalisation équilibrant la globalisation marchande
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Les problèmes écologiques ne peuvent être séparés de tous les autres problèmes, notamment économiques et sociaux : on ne peut séparer la consommation de la production, ni le travail de la vie. On ne peut changer les consommations qu'en transformant travail, revenus et circuits de distribution, si ce n'est la technique elle-même. On ne peut relocaliser qu'en partant du local mais à condition de l'inscrire dans un projet global et des circuits alternatifs qui fassent système. Pour avoir une chance de changer de système, nous avons besoin de comprendre à la fois le caractère systémique du productivisme et pluriel de l'économie (la pluralité des systèmes).
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Le productivisme n'est pas causé par la consommation mais par la logique du profit qui constitue le moteur de l'investissement capitaliste.
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Le productivisme du capitalisme salarial est d'ailleurs mis à son crédit lorsqu'il permet le décollage de pays pauvres grâce au "cercle vertueux de la croissance" mais il ne peut s'arrêter, tout est là.
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le capitalisme s'impose par son productivisme puis dure par la société de consommation
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On ne s'en tirera qu'à construire un système de production non productiviste, ce qui peut sembler impossible
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le productivisme caractérise en premier lieu le salariat industriel avec une force de travail qui se mesure en temps de machine, alors que dans le domaine immatériel, le temps de travail n'est plus linéaire et ne constitue plus une mesure pertinente de la valeur d'un produit. C'est ce qui favorise le travail autonome et les contrats d'objectif plutôt qu'un salariat mesuré par son temps de subordination.
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chaque système, organisme ou organisation n'est qu'une totalité partielle qui n'épuise pas la totalité des possibles mais doit avoir un fonctionnement spécifique et un espace propre. A rebours de tous les extrémismes et des idéologies simplistes, la coexistence des systèmes doit nous amener à défendre une économie plurielle ou mixte
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La première chose à faire, c'est donc de mettre des limites aux marchés, de les réguler (pas de les supprimer !) pour construire patiemment une économie plurielle combinant les logiques marchandes, publiques et associatives, jouant l'Etat contre le marché et le marché contre l'Etat plutôt que de subir le joug de l'un ou de l'autre.
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l'écomoralisme ne peut en aucun cas constituer une alternative au capitalisme et à la société de consommation, il faut constater du moins que c'est la forme que prend une prise de conscience écologique qui n'a pas de prise sur les événements sinon au niveau individuel.
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l'éco-économie de Lester R. Brown, projet qu'on peut dire libéral, corrigeant simplement les mécanismes de marché par des écotaxes censés rétablir une illusoire vérité des prix écologiques
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C'est un premier niveau d'intervention indispensable mais cela n'empêche pas d'en reconnaître les limites à rester dans le cadre d'un productivisme débridé et du totalitarisme marchand.
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Il faut avouer que la plupart des mesures devenues urgentes peuvent être prises dans le cadre du système actuel
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on voit resurgir des tentations autoritaires
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Le néomalthusianisme qui règne souvent dans ces milieux est la dernière tentative de faire de la population elle-même le problème au lieu de mettre en cause notre mode de développement.
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L'écologie, si ce n'est l'histoire passée, enseignent au contraire le caractère dévastateur et brutal d'un pouvoir trop centralisé, le besoin de l'autonomie des acteurs et de réponses diversifiées.
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Les modèles écologistes sont pourtant très différents, bien plus adaptés à une production de plus en plus immatérielle et en réseaux : ce sont des modèles largement décentralisés, démocratiques, diversifiés et basés sur le local, pas du tout compatibles avec une dictature qu'elle soit verte ou rouge.
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C'est le point essentiel sur lequel se retrouvent la plupart des écologistes et des altermondialistes : la nécessité d'une relocalisation de l'économie et donc d'alternatives locales à la globalisation marchande.
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une revalorisation des échanges de proximité pour réduire les circuits de distribution et rendre tout simplement vivable un monde qui se déterritorialise
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La difficulté, c'est qu'il faut intervenir à différents niveaux : accords internationaux (climat), régulation du capitalisme (éco-économie), infrastructures nationales, circuits alternatifs, institutions locales.
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ce n'est pas tant du côté de la consommation qu'il faut prendre le problème, mais du côté de la production, de l'épanouissement du travailleur et de sa valorisation
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Pour avoir la possibilité de se passer du salariat et que le travail autonome ne soit pas réservé aux classes supérieures, il y a absolument besoin d'un revenu garanti et de toutes les institutions du travail autonome (coopérative, financement, formation, assistance).
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Le niveau le plus pertinent d'une politique écologiste, c'est bien la municipalité
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grâce à des monnaies locales (immédiatement disponibles) et la mise en place de coopératives municipales pour abriter les travailleurs indépendants et favoriser les échanges locaux (un peu comme les SEL)
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Dans l'urgence actuelle, notre priorité devrait être à la fois d'établir un diagnostic précis de notre situation et de débattre publiquement des alternatives concrètes dans toute leur complexité.
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L'absence d'alternative à un système dont on sait qu'il n'est pas durable renforce les discours extrémistes, millénaristes, religieux, régressifs, autoritaires, appelant à une rupture totale et un homme nouveau complètement fantasmé.
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On connaît déjà quelques unes des conditions que devront remplir des alternatives réalistes au productivisme capitaliste. Il faudra qu'elles tiennent compte des contraintes écologiques, bien sûr, mais aussi de ce que nous sommes et des échecs passés, de l'étatisme comme du libéralisme. Il faudra que ce soient des alternatives à dimension collective et même mondiales, adaptées à notre temps (ère de l'information, travail autonome, coopération des savoirs) sans pour autant se contenter d'écotaxes pour réduire l'allure d'un productivisme dont il faut pouvoir sortir progressivement, ce qui veut dire donner une alternative au salariat par les institutions du travail autonome.
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Le scénario d'une économie plurielle permet de jouer sur les 2 tableaux : en commençant par écologiser le capitalisme, en le régulant et en réorientant ses productions vers les besoins écologiques, tout en réduisant progressivement son champ avec la montée en puissance de la nouvelle économie immatérielle et relocalisée.
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20 May 08
Michel BauwensAu lieu d'une écologie-politique collective et réaliste, on nous vend plutôt habituellement une écologie individualiste et moralisante
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